|
Ces dernières années, les parlementaires ont fait un effort de transparence dans la déclaration de leurs émoluments : 5 400 euros d’indemnité de base, 162 euros d’indemnité de résidence, 1 390 euros d’indemnité de fonction, 6 278 euros d’indemnité de frais de mandat, etc. Régulièrement l’Assemblée nationale et le Sénat informent du montant des multiples indemnités que les élus s’auto attribuent généreusement.
En revanche, s’agissant des réserves parlementaires, c’est l’omerta la plus stricte. Les intéressés évitent prudemment d’aborder le sujet et, dans les comptes publics des deux chambres, pas une ligne budgétaire ne retrace les mouvements de ces mystérieuses cagnottes. Pourtant, les montants en jeu sont considérables. D’après une enquête du journal Le Parisien, ils s’élèvent à 90 millions d’euros par an pour l’Assemblée nationale et à 60 millions d’euros pour le Sénat. Ce qui représente, en moyenne, 156 000 euros par député et 181 000 par sénateur !
Néanmoins, il ne s’agit là que de moyennes car, dans la pratique, la répartition de l’enveloppe se fait à la tête du client… Selon que le parlementaire est dans la majorité ou dans l’opposition, qu’il est plus ou moins inféodé à son parti, sa part peut être nulle ou, au contraire, varier du simple au triple.
Officiellement, il n’est pas question d’intérêt personnel. Les réserves servent à financer des projets locaux. L’élu, dans sa circonscription, alloue une subvention au projet de son choix : rénovation de la voirie, entretien des écoles et des églises, aménagement de salles des fêtes, etc. Les bonnes causes ne manquent pas ! Mais, outre les dérives clientélistes que de telles pratiques peuvent générer, il est difficile d’imaginer – compte tenu de l’absence totale de contrôles – que quelques euros ne s’échappent pas, ici où là, histoire de mettre un peu de beurre dans les épinards…
Juste avant la rentrée parlementaire, il paraît opportun de rappeler à nos élus que la victoire aux derniers scrutins ne se fête pas en partageant, sans retenue, un butin qui n’est autre que l’argent des contribuables. Et, puisque la volonté est aux « politiques de rupture », un signe fort de la nouvelle Assemblée, pour crédibiliser sa volonté d’action et de réforme, consisterait à mettre un terme définitif à ces pratiques honteuses et inavouables qui déshonorent l’institution du Parlement.
|